Histoire & Mémoire Militaire Alpine

Recherches sur le fait militaire en Savoie (1870 - 1962)

Des fêtes de fin d'année 1943 agitées à Annecy durant l'Occupation

Annecy à l'heure allemande (ADHS, Fds Carteron, 7Fi 1207)
Annecy à l'heure allemande (ADHS, Fds Carteron, 7Fi 1207)

Si l’occupation allemande n’a duré que neuf mois en Haute-Savoie (septembre 1943 - août 1944), les Annéciens en ont particulièrement souffert, notamment lors des fêtes de la fin de l’année 1943.

En 1943, la répression et le manque de ravitaillement se mêlent à la rudesse de l’hiver pour gâcher les fêtes de fin d’année des Annéciens. L’éclairage public a été coupé dès le début du mois de décembre pour punir le manque de discrétion face aux avions alliés. De nombreux trains seront supprimés entre le 15 décembre 1943 et le 1er janvier 1944. La presse ne paraîtra pas les 25 décembre et le jour de l’An. De plus, l’assassinat d’un soldat allemand par la Résistance le 18 décembre a provoqué une rafle géante et le durcissement du couvre-feu frappant la ville. De nouvelles troupes de SS-Polizei débarquent afin de renforcer les forces de l'ordre françaises. Toutefois, les autorités d’occupation décident que « les célébrations de Noël et du jour de l’An ne sont pas interdites ».

Ainsi, malgré les pénuries, les associations caritatives s’activent pour réchauffer un peu les cœurs : organisation d’arbres de Noël pour les enfants par le Commissariat général de la jeunesse d’Annecy, distribution de légumes et de chocolat par le Bureau de bienfaisance d’Annecy, tandis que la Légion française des combattants ouvre une « marmite du légionnaire » pour les déshérités. L’occupant avait promis des amnisties ; si des libérations ont effectivement lieu au compte-gouttes, la répression ne faiblit pas. Le 24 décembre, des perquisitions sont menées dans certaines rues à la recherche de juifs. La messe de Noël est avancée à 17 heures pour les habitants, alors que les Allemands se réservent l’église Saint-Maurice pour la nuit de Noël. Négligeant l’esprit pacifique de la Nativité, l'occupant arrête deux policiers français appartenant à l’organisation de résistance armée Francs-Tireurs et Partisans (FTP) le 25 décembre. Un nouveau préfet arrivé le 27 décembre, le général collaborationniste Charles Marion, ordonne une nouvelle rafle dès le lendemain : le traditionnel marché du mardi se trouve perturbé à 11 heures par 200 arrestations pour vérification d’identité, et quatre arrestations (dont un milicien par erreur !). Le jour de l’An, la ville est bouclée de 16 à 18 heures : une nouvelle rafle de la police française aboutit à 200 interpellations.

La vague de froid (- 7° C) balayant alors Annecy ne faiblit pas, mais les Annéciens ne sont pas au bout de leur peine : l’état de siège sera décrété le 31 janvier dans le département par Vichy pour mieux mâter la Résistance.

Par Sébastien Chatillon Calonne, 2026

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