Histoire & Mémoire Militaire Alpine

Recherches sur le fait militaire en Savoie (1870 - 1962)

Quand un raid allemand de représailles ravage le pays du Vuache à l’été 1944

Le bas du village de Chevrier ravagé (arch. mun. de Chevrier)
Le bas du village de Chevrier ravagé (arch. mun. de Chevrier)

À la mi-août 1944, alors que les FFI locaux menaient la libération du département de la Haute-Savoie, la situation faillit échapper aux libérateurs...

Une colonne composée d'environ 150 Allemands traverse par surprise le Rhône : une dizaine de véhicules par le Pont Carnot, le reste à pied par le viaduc de Longeray. Ses points de passage pourtant stratégiques s’avèrent mal protégés suite au chaos régnant à l’état-major des FFI. S’agit-il d’exotiques « Cosaques », de « Mongols » ou de fanatiques Waffen SS, tous habitués aux basses besognes ? Probablement plutôt un « bataillon de sécurité », dont la mission est de préserver les voies de communication en vue de la retraite de l'armée allemande après le débarquement en Provence. Bien renseignée, encadrée par des agents de la police de sécurité nazie (Sipo-SD), cette colonne apparemment venue du nord par la route de Gex vient le soir du 16 août pour secourir le poste d’une vingtaine de douaniers allemands (« Zollgrenzschutz ») de Valleiry. Mais ce poste avait déjà été éliminé par une violente attaque menée le matin même par la Brigade rouge internationale (BRI), unité FTP dissidente du commandant Amiot. La colonne ne s’attarde pas à Chevrier, qui n’offre aucune résistance. Elle incendie tout de même quelques maisons, puis fonce sur Valleiry, négligeant Vulbens grâce à l’intervention de son maire. Mais ils tombent sur un groupe de FFI de la Semine, qu’ils dispersent dans le sang. Furieux, ils pillent et brûlent à coup de grenades incendiaires Bloux, dont les habitants, alertés par les fumées de Chevrier, ont déjà fui avec leurs bêtes, jusqu’en Suisse, par les bois de Vosogne et Chancy. Arrivés à Valleiry, les Allemands constatent qu’ils arrivent trop tard et se vengent en incendiant aussi le village, tuant les quelques habitants imprudents qui n’ont pas fui. Mais la nuit venue, bloqués par un groupe FTP venu de la route de Viry, constatant leur isolement en terrain hostiles, les Allemands rentrent au Fort-l’Écluse. Le lendemain, franchissant à nouveau le Rhône toujours aussi mal gardé, la horde nazie termine d’incendier Chevrier puis rentre vite au Fort-l’Écluse. Le lendemain 18 août, les renforts conjoints des FTP et de l’AS de Saint-Julien-en-Genevois menés par le lieutenant Ruche ("Charles"), ont enfin pu endommager le pont Carnot pour sécuriser le secteur. Le bilan est de quatorze FFI tués au combat et six civils. La reconstruction sera longue, faute de moyens après-guerre.

Source principale : "Brûlement de villages au pays du Vuache" par R. Amoudruz

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